Alors que nous sommes toujours au cœur de l’ouragan épidémique, les prises de décisions du gouvernement se déroulent en l’absence de contrôle satisfaisant par les instances législatives de notre pays dont c’est pourtant la fonction.

Dernier épisode en date : la dissolution surprise de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur la gestion de l’épidémie de Covid-19. Cette mission était chargée de suivre en continu la gestion de la pandémie par le gouvernement. Elle avait rendu en juin 2020 un premier rapport accablant pour l’exécutif. Pénurie de masque, manque d’anticipations des pouvoirs publics et impréparation du système sanitaire français, le gouvernement avait multiplié les erreurs et échoué dans sa mission de protéger le pays et la population.

Au vu des derniers développements de la campagne vaccinal (entre débuts lents, couacs et pénurie), et des hésitations sur le nouveau confinement, on pouvait aisément prédire que les critiques de la mission parlementaire aurait été encore plus acerbe. Pour éviter d’affronter la réalité de son échec, il était plus facile pour l’exécutif de liquider les critiques plutôt que de corriger ses erreurs. Le premier secrétaire du PS Olivier Faure n’a pas hésité à dénoncer une « trahison démocratique ». Au fond, la pandémie ne révèlerai-t-elle pas un problème entre Emmanuel Macron et le Parlement, et donc avec la démocratie ? Depuis le début de la crise sanitaire, le Parlement a été mis de côté. Après l’annonce du reconfinement en novembre dernier, les députés ont été humiliés en étant uniquement autorisés à débattre après la prise de décision et n’ont eu pour unique possibilité pour donner leur avis, un vote non-contraignant sur l’annonce du Président. Pourtant, le Parlement représente la souveraineté du peuple français, il est indigne pour un gouvernement de la République de piétiner cette souveraineté. Mais Emmanuel Macron n’en a apparemment que faire. En affirmant que la France était « devenue une nation de 66 millions de procureurs », on en arrive à se demander si le Président a bien compris le principe général de la souveraineté du peuple en France. Ajoutons, que les Français et les Françaises ne sauraient être uniquement procureur.e.s, ils peuvent tout aussi bien être avocats, dans tous les cas ils sont les seuls juges de la politique et c’est le peuple qui est le souverain de notre République.  

Une alerte supplémentaire fut soulevée par Jean-Louis Debré, qui est mandaté depuis octobre pour rendre un rapport à propos du report des élections régionales et départementales, et qui accuse le gouvernement de l’avoir mis sous pression pour reporter ces élections après la présidentielle 2022, ce que l’exécutif dément. Pourtant, le gouvernement aurait beaucoup à gagner à les reporter, les sondages prévoyant une défaite pour LREM, à l’image de celle des municipales. Confiner la démocratie pour ne pas être ridiculiser, telle est la devise du parti présidentielle. Le maintien des ces élections en juin est vivement défendu par le Parti Socialiste, notamment par la voie d’une de nos porte-paroles Gabrielle Siry-Houari : « Le premier report se comprenait ; là, c’est très différents. […] Pour faire face à la crise, les collectivités ont justement besoin d’agir sur le terrain, de voter des budgets, de mettre en place leurs plans de relance, et cela passe par des élections. »

Ces failles démocratiques exploitées par le gouvernement ne sauraient restées sans réponse. Pour mieux faire face aux crises suivantes, et replacer le peuple au cœur des décisions à prendre, une réflexion et une refonte de nos instituions sera nécessaire pour construire une meilleure démocratie représentative, et un monde d’après où la souveraineté populaire ne sera plus entravée au nom d’intérêts particuliers.